Lutte contre la fraude alimentaire - SSAFE vs PILFA© - 16 Février 2016 | Exaris.fr

 

Contexte

 

En septembre 2014, un an après le HorseGate, les référentiels de certification « Qualité et sécurité sanitaire » (IFS, BRC, FSSC22000…) augmentaient la pression quant à la prise en compte de la Lutte contre la Fraude Alimentaire (cf.ExarisInfo n°64 et ExarisInfo n°68) ; l’enjeu étant de démontrer la bonne maîtrise du risque de fraude à son niveau, sur la base d’une « analyse de vulnérabilité ».

Nous avions alors cherché à identifier sur le marché des solutions pertinentes, institutionnelles ou privées, à même de répondre au besoin de méthode exprimé par les professionnels. Aucune alternative pragmatique n’étant disponible nous avions élaboré l’approche PILFA©, Plan Interne de Lutte contre la Fraude Alimentaire, adossée à un fichier Excel® ainsi qu’à un flux de veille permettant d’actualiser à fréquence libre le niveau de sensibilité matière au risque de fraude en fonction des alertes RASFF.

Une initiative avait néanmoins retenu notre attention : celle de SSAFE (regroupement des principales « majors » de l’agroalimentaire à l’échelle internationale autour des problématiques « Food Safety »). SSAFE annonçait sur son site web la publication d’un outil en libre accès, initialement prévue en juillet 2015, finalement paru début 2016.

Nous avons étudié cette proposition avec grand intérêt ; voici le résumé de notre analyse.

 
 

Principe de l'outil SSAFE

 

Intitulé “SSAFE Food Fraud Vulnerability Assessment Tool” cet outil est le fruit d’une collaboration de SSAFE avec la Wageningen University and Research Center et VU University Amsterdam. Publié officiellement le 16 décembre 2015, et rappelons-le disponible en téléchargement,  il propose une approche en 3 temps :

  • Un arbre de décision est censé permettre de définir le périmètre de l’analyse de vulnérabilité au risque de fraude (FFVA = Food Fraud Vulnerability Assessment)
  • L’outil d’auto-évaluation (sous Excel®) propose ensuite de répondre à 50 questions ; la question 1 demande par exemple « est-ce simple ou complexe de frauder sur vos matières premières ?», 1 réponse est possible parmi 3 selon une échelle d’intensité (score 1, 2 ou 3). Des liens sont proposés vers le RASFF et quelques autres sources afin d’aider l’utilisateur à répondre. Une note de 1, 2 ou 3 vient ensuite pondérer la précédente, selon que le niveau de confiance accordé à la première réponse. Enfin il est à souligner que les 50 questions visent à évaluer 3 dimensions :
    • les « opportunités » de fraude liée aux matières (questions 1 à 11) – cf. exemple fig.1
    • les « motivations » financières qui encourageraient plus ou moins la fraude (questions 12 à 31) ; dans cette catégorie on pourra relever les questions 16 (« Politique éthique de votre propre entreprise ») et 18 (« Niveau de corruption dans votre pays d’opération »)
    • le niveau de confiance dans les mesures de maîtrise en place (questions 32 à 50).

3. Un rapport est ensuite hérité de ce questionnaire, présentant les résultats sous formes de toiles d’araignées (cf. exemple fig.1) deux niveaux de détail étant proposés.

Le « niveau de confiance » dans les réponses (cf. point 3 ci-dessus) est rappelé au-dessous des toiles d’araignées.

Le rapport a ensuite pour vocation d’aider l’entreprise à faire évoluer si besoin ses mesures de maîtrise (« control measures »/ « mitigation strategies ») selon le profil des conclusions.

 
 

Analyse

 

Nous retenons de cette approche trois idées intéressantes:

  • un « balayage » des facteurs composant la fraude alimentaire au travers de ses 50 questions.
  • une volonté explicite de confronter l’entreprise à elle-même, quant à sa propre exposition à la fraude et/ou à la corruption
  • la fourniture d’un outil Excel® en accès libre, visant à rendre autonomes les utilisateurs.

Malgré tout la méthode nous semble très insuffisamment pragmatique, pour une application opérationnelle, notamment pour les raisons suivantes:

  • l’arbre de décision (un exercice toujours difficile !) qui devrait permettre de circonscrire l’analyse et donc de l’alléger conclut quasi invariablement par la nécessité de « mener une analyse sur le périmètre de l’entreprise », soit une analyse renforcée, soit élargie… une étape qui semble in fine superflue, d’autant plus que l’outil ne prévoit pas (a priori) de consolider les réponses à ses questions
  • l’angle d’entrée dans l’analyse ne nous semble pas explicite : s’agit-il de répondre aux 50 questions pour chaque matière? auquel cas on devine immédiatement les limites de l’exercice (50x2 scores par couple matière/fournisseur !)… Ou s’agit-il d’une approche globale à l’échelle du périmètre ? Auquel cas il sera très difficile de répondre à certaines des questions pour lesquelles une approche par couple matière/fournisseur sera nécessaire… Par ailleurs dans ce 2e scenario l’entreprise ne répondra pas à son besoin d’avoir une analyse de la vulnérabilité pour toutes ses matières (exigences IFS/BRC)
  • Enfin cette proposition n’est pas associée à un flux qui permettrait d’actualiser directement l’évaluation de la vulnérabilité au regard des événements en matière de fraude… et au passage de répondre à l’exigence des référentiels (cf. BRCv7 § 5.4.1 évoqué au point 1).
 
 

Conclusion

 

En conclusion si nous saluons cette initiative au service des professionnels, que nous attendions avec grand intérêt notamment au regard de notre propre approche méthodologique, nous sommes déçus que l’approche SSAFE ne soit pas assez pragmatique pour être opérationnelle en l’état et constituer une réelle alternative méthodologique clef-en-main. Nous vous invitons à vous faire votre propre opinion, l’outil SSAFE étant en libre accès ; en parallèle nous continuons d’alimenter notre outil PILFA© et son flux de veille associé. N’hésitez pas à consulter notre page web dédiée et à nous contacter pour en savoir plus.

 
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